Boostez l’innovation avec l'approche « Jugaad »

 

Depuis la révolution industrielle, l’environnement est plus complexe compte tenu de l’augmentation de la rareté des ressources, de l’évolution technologique rapide et de la mondialisation qui s’accélère. Dans ce contexte particulier, les anciens modèles de l’innovation deviennent obsolètes. La preuve : moins de la moitié des 1 500 dirigeants mondiaux interrogés par IBM estiment que leur entreprise est prête à répondre de façon créative et efficace à cette complexité croissante.

 

Dans les économies occidentales, le moteur de l’innovation est devenu trop rigide et trop gourmand en ressources pour être efficace. Il demande beaucoup de ressources pour peu de résultats significatifs. Selon le cabinet de conseil en management Booz & Company, dans le monde, les 1 000 premières entreprises qui investissent le plus dans l’innovation ont dépensé plus de 600 milliards de dollars pour leur R&D en 2011. Pour autant, la corrélation entre dépenses en R&D et performance financière des entreprises était très faible. Autrement dit, l’argent n’achète pas l’innovation.

 

L’Occident doit pouvoir innover plus vite, mieux et moins cher grâce à un nouveau moteur d’innovation. Pour ce faire, les entreprises occidentales ont cherché de nouvelles sources d’inspiration comme par exemple, les marchés émergents qui constituent une excellente source d’inspiration de pratiques et de méthodes. De l’Afrique au Brésil en passant par la Chine et l’Inde, un grand nombre d’entrepreneurs pratiquent une méthode appelée “jugaad" (mot en Hindi qui signifie « Système D ») ou encore appelée innovation frugale.

 

Le modèle occidental consiste à faire « plus avec plus », or le Leigh motiv du jugaad consiste à faire plus avec moins, l’humain créé alors des solutions simples mais efficaces. Dans ces marchés, les solutions ingénieuses minimisent les ressources plutôt rares pour offrir plus de valeur aux communautés locales.

De nombreuses entreprises telles que Renault-Nissan, L’Oréal, SNCF, ont déjà adopté cette méthode afin de développer des solutions simples, efficaces et génératrices de croissance.

Dacia, en 2004, présenta son modèle Logan, berline robuste au design minimaliste répondant toutefois, à de strictes exigences de qualité et de sécurité. Depuis 1999, l’objectif était de créer une voiture moderne, fiable et confortable qui puisse être vendue à 6 000€, mission impossible pour les ingénieurs de l’époque qui fonctionnaient selon le principe « faire plus avec plus ». Les équipes de conception sont ainsi devenus mixtes : des ingénieurs français qui apportaient leur expertise sur le design et des équipes roumaines plus attentives aux coûts. La solution : les ingénieurs roumains ont imaginé des rétroviseurs symétriques, un pare-brise plus plat que les parebrises classiques et un tableau de bord moulé d’une pièce. Tout ceci a contribué à réduire l’utilisation de matières premières et donc à limiter l’outillage coûteux en atelier. Ces ingénieurs ont également limité le nombre de composants électroniques onéreux ce qui a rendu la voiture plus facile et moins chère à construire.

Selon Navi Radjou, qui a amené le concept, « il ne faut pas se reposer sur un processus unique d'innovation et s'intéresser à d'autres comme l'innovation frugale. Celle-ci peut être vue comme un complément à ce que les entreprises occidentales ont déjà. Le problème est que celles-ci se sont parfois figées dans leurs processus, et sont entrées dans une spirale qui veut que plus vous investissez, plus vous voulez dégager du retour sur investissement. »

 

Le contexte métier connait depuis quelques années déjà, un vrai chamboulement sur le plan démographique, géographique, technologique ou encore financier. Ce phénomène oblige les entreprises dites occidentales à toujours plus innover, plus rapidement et en engageant moins de ressources financières que ses concurrents.

« Pour amorcer le changement, il faut en fait arrêter de voir son environnement comme s'arrêtant à ses actionnaires, mais comme s'étendant à l'ensemble des "stakeholders". […] Il faut ensuite un leadership fort, car il s'agit d'un changement systémique. Il faut changer la culture de l'entreprise, qui est elle-même incarnée par les dirigeants. » ajoute Navi Radjou

 

Pour 80% des entreprises, le concept doit naître en externe. Par exemple, la General Electric, entreprise relativement conservatrice dans son mode de fonctionnement, a décidé de multiplier les partenariats avec des startup pour pouvoir exposer la marque à une culture plutôt frugale, agile et flexible tout en évitant de bouleverser radicalement la culture de l’entreprise.

Pour que la méthode fonctionne, il est nécessaire d’impliquer les différents métiers de l’entreprise, de la stratégie au marketing, afin de réfléchir collectivement aux impacts et à la pertinence des projets.